L'atelier - début du texte

 

 

 

Souvent on ne sait pas quoi faire. On s'assoit au milieu de l'atelier et on ne sait pas quoi faire, ou plutôt on n'a pas envie. Alors on se dit que c'est normal, que le corps ne peut constamment avoir envie, qu'il demande une pose éternelle, une suspension du temps ; ne plus respirer, ne plus sentir, être seulement au milieu. Etre dans la pièce, faire partie des murs, se plonger dans ce corps. Il voudrait tout recevoir et que tout soit fait, ne pas intervenir, avoir suffisamment de puissance pour être là simplement. " Je suis là et je ne sais pas comment me conduire. Si je désire trop ma main va faillir et si je ne désire pas assez elle pourrira. Alors je ne fais rien, ne désire rien, je souhaite être au milieu, parfaitement au milieu. "

Il n'a pas envie, son corps s'endort. Maintenant il est immobile, il sait qu'il n'est pas mort, de ça aussi il n'en a pas envie, il voudrait juste essayer d'être un corps plus primitif, habiter dans son corps étendu, être plus petit mais dense comme un poids, se détacher de la parole et du mot, n'en garder qu'un ou deux comme " ailleurs " ou " roc ", " bleu " ou " brun ". Ne garder que des sons, deviner les passages des êtres, être pierre ou lac froid, buisson ou arbre, ciel orageux et vent blanc, façades muettes des maisons, être le poids suffisant du monde. Il s'imagine marcher en haut dans un paysage de chaleur, il y place l'horizon au bon endroit, une lumière blanche au centre. Deux couleurs comme deux mots, il n'a pas envie d'autres choses. " Mais, dit-il, il est étrange que peu de choses ouvrent à de si grands espaces. " Il se dit qu'il a du bien les choisir, que son corps étendu doit-être la longueur de la terre. Il se dit qu'il est le trait qui dort. " Tout est blanc, immense,je traverse des océans de blancheur, il y a un bruit d'eau. Tout à l'heure il y avait un horizon et des couleurs, maintenant je nedistingue rien. Peut-être suis-je dans la faille d'un ciel, calme plat, jour blanc, je glisse."

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Maison