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C'est pourquoi tout danse, le filet, l'herbe. Vos visages voltigent comme des papillons; les arbres ont l'air de bondir. Il n'y a rien d'assuré, rien de définitif dans cet univers. Tout est mouvement, tout est danse; tout est triomphe et rapidité. Et pourtant, quand je vous regarde jouer, couchée toute seule sur la terre dure, je commence à souhaiter d'être choisie, d'être appelée, d'être entraî­née au loin par quelqu'un qui vient à ma recherche. Par quelqu'un qui est attiré par moi, qui ne peut pas se séparer de moi, mais qui se tient tout près quand je suis assise dans mon fauteuil doré, et que ma robe ondule à mes pieds comme une fleur. Et nous nous retirons dans un coin sombre, nous nous asseyons sur un balcon, tout seuls, et nous parlons ensemble.

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Virginia Woolf, Les vagues