très beau

 

Souvent ce tableau lui vient à l'esprit. Il le connaît depuis toujours, accroché d'abord chez son grand-père puis par héritage chez ses parents. Il lui semble être vivant, non qu'il bouge, grandisse ou s'éreinte, il est vivant car justement il ne bouge pas, son tourment et sa tranquillité à la fois ne demandent rien d'autre que d'être. Il est là, dans une présence magnétique pour l'enfant qu'il avait été puis par ce creux dans la chair qu'il fait. Il est le son et la voix de ce qu'on ne peut dire, de ce qu'on cache, d'une parole que par faiblesse on n'a pas su prononcer. Il accepte les bassesses autant que les royaumes d'un jour. Avec lui on se lève toujours, comme ces troncs sans figure des anciennes statues, on est droit car on est dans son corps, plis contre plis ou dispersé peu importe, il y a la pluie passée, le vent en haut dans les cimes, la lumière blanche qu'un ciel accorde, des vagues de terre et de montagnes, l'équivalent nuage, (pressentiment) la chose tombée si brillante. [ ]

 

Olivier Saint-Pierre, L'atelier, extrait